J’ai eu le plaisir d’interviewer Arthur Frattini, 4e dan UFA et Aïkikai, président du CODEP AIKIDO 93, et professeur d’Aïkido au club de Pantin. Arthur est aujourd’hui candidat aux élections du prochain président de la ligue Ile de France d’Aïkido. Arthur se démarque par son franc parlé et sa communication originale. Ses idées novatrices dans le milieu de l’aïkido en font un candidat atypique, qui sort des sentiers battus. Rencontre avec ce profil hétéroclite.

 

1/ En terme de communication, tu es vu comme celui qui donne des coups de pied dans la fourmilière du milieu conventionnel de l’aïkido : comment moderniser la communication aujourd’hui selon toi ?

 

Vaste question, je suis moi-même en recherche constante sur le sujet et pour cela je fais de la veille en permanence. Je voudrais juste faire une correction sur le terme « moderniser » : je ne pense pas que ce soit une question de modernité mais plutôt une question d’adaptation, d’évolution avec son temps. Il faut surtout être à l’écoute.

La communication se fait en fonction de ce que l’on désire entreprendre et en fonction du public que l’on cible (âge, culture, génération, valeurs, etc.), et les supports sont choisis en adéquation avec ces critères. A titre d’exemple, le téléphone portable est le support le plus utilisé aujourd’hui : on le consulte toute la journée et je peux dire que je fais hélas partie de ces addicts !

Les regards les plus jeunes se tournent aujourd’hui vers des contenus attractifs sur des plateformes nouvelles comme TikTok, Instagram, Snapchat et Facebook. Enfant c’était la télévision. Et demain, de quoi s’agira-t-il ? Il faudra tendre l’oreille et être attentif à toutes ces évolutions qui nous touchent.

Par ailleurs, la communication demande un investissement professionnel et parfois financier.

Personnellement, je suis un amateur bénévole en terme de communication. J’ai toujours l’impression d’être un débutant et je découvre chaque jour de nouveaux outils et de nouvelles manières de travailler dessus. Dans le milieu de l’aïkido, j’arrive à me rendre visible de temps à autre sur le web grâce à mes affiches ! 

La communication est devenue une réelle compétence qui est requise dans la plupart des activités dont l’aïkido fait partie. Je conçois mon activité d’enseignant d’Aïkido avec cet investissement personnel. Je suis en mesure d’identifier les besoins et de cerner les réalisations nécessaires à la communication de notre discipline.

J’ai l’âme d’un commercial qui évangélise, sans m’en rendre compte, par l’envie de partager. Et les moyens dont je dispose pour promouvoir l’Aïkido à travers mes activités comme technicien ou pour promouvoir mon club, la ville, le CODEP que je préside et depuis peu le Collectif Irimi que j’ai fondé pour les élections à la Ligue Régionale IDF, me permettent déjà de bien faire avancer la communication et ainsi, la promotion de l’aïkido.

 Communiquer aujourd’hui en Aïkido, c’est communiquer pour soi, pour son club, pour son département, sa région et à plus grande échelle, son pays. En termes de budget communication, il faut compter sur un investissement qui va de 300 euros minimum à 1000 euros pour un club. C’est un coût qu’il ne faut absolument pas négliger !

Communiquer, c’est avoir un site internet à jour, correctement référencé ; c’est aussi être présent sur les réseaux sociaux, avoir un dépliant et des flyers attractifs. C’est aussi être présentable et identifiable en tant que club et en tant qu’institution !

La communication est aujourd’hui un puissant levier pour rendre l’aïkido visible auprès d’un nouveau public, mais cela nécessite du travail régulier pour obtenir des résultats probants.

Par ailleurs, la communication en aïkido rencontre des limites liées aux valeurs véhiculées par notre discipline. L’enjeu autour de la communication consiste à trouver le bon équilibre entre les valeurs de l’aïkido et ses besoins de visibilité. 

  Y a-t-il des freins institutionnels au développement de cette communication ?

Au niveau fédéral, j’ai observé, depuis mes débuts en 1998, certains freins, qui commencent à se lever et tendent à disparaitre. La dernière mandature y est pour quelque chose : Francisco Dias, qui vient d’être réélu, s’est beaucoup mobilisé avec son équipe pour faire évoluer les choses.

Les choix de faire appel à une agence de publicité, de recruter une responsable de la communication et de la formation, de mettre à jour la charte graphique de la FFAAA (nouveau logo, roll up/kakemono, affiches, film institutionnel…) sont l’illustration de la volonté fédérale de développer la communication depuis ces quatre dernières années.

Des freins persistent toujours car le travail collaboratif utile à la communication est encore à développer. Mais la refonte du Collège Technique National et la mise en place de Michel Erb à sa présidence qui est très à l’écoute sur l’image et la communication, vont, je le pense, permettre également de mettre en place une meilleure collaboration sur le plan communicationnel et permettront de mettre en avant la pratique de notre fédération. 

Bien maitrisée, la communication n’est pas une usine à gaz et ne doit pas effrayer les enseignants ! Prenons l’exemple de Christian Tissier qui, depuis son retour du Japon, n’a cessé de communiquer et de promouvoir l’Aïkido (démonstrations, ouvrages, plateaux télé, articles dans la presse spécialisée…). Christian est un communiquant et la vision de l’Aïkido qu’il a reçue et ce qu’il en a fait est telle, qu’aujourd’hui son enseignement est extrêmement répandu en France et à l’international. 

Tu es relativement jeune dans le milieu de l’aïkido : sens-tu les nouvelles générations d’aikïdokas prêts à changer les choses en matière de communication ?

Jeune dans le milieu, je ne sais pas. Tout est une question de point de vue. J’ai commencé il y a 22 ans et j’ai commencé à communiquer dès que j’ai commencé à enseigner pour mon club en 2007. Cela fait 13 ans que je travaille sur la façon de développer mon club grâce aux outils de communication.

 Y-a-t-il une génération d’Aïkidokas qui change la donne en termes de communication?

Oui, c’est certain. Pour les plus connus en termes de communication en France vers un public au sens large, on peut citer Coralie Camilli et Léo Tamaki que tu as déjà mentionnés dans un de tes articles,.

Mais on constate aussi que de plus en plus d’enseignants et de pratiquants publient des photos, des articles et des vidéos sur nos disciplines et c’est une façon très utile de faire connaître l’Aïkido.

Néanmoins, c’est en Asie qu’on retrouve les plus belles performances de communication. Le club de Singapour avec la famille Lee qui est très présente sur les réseaux sociaux en est la preuve : car avec des pratiquants munis de sabres laser pour une démonstration, démonstrations en plein  air et en centre commercial sont tout autant de manifestations réussies et de démonstrations de communication efficace sur la discipline !

On a aussi de nombreux exemples au Japon :  Ryuji Shirakawa et Mihaly Dobroka via leurs vidéos de démonstrations, ou encore Guillaume Erard et Jordy Delage (qui sont deux Français qui vivent au Japon) via leurs reportages et leurs publications pour la promotion de l’Histoire de l’Aïkido et de ses enseignants à travers les divers courants de pratique sont autant de vecteurs de communication essentiels dont il faut souligner le travail et l’importance !

Quel message transmets-tu aux jeunes qui veulent se lancer dans la pratique d’un art martial ?

Forum des associations

 J’essaie de transmettre avant tout du plaisir et de la joie. Les valeurs se transmettent ensuite. Certains franchissent les portes du dojo pour apprendre à se battre ou se défendre, d’autres viennent poussés par les rêves que leur insuffle l’univers de leurs mangas…

Il y a aussi le choix des parents soucieux de partager leurs passions ou de les inscrire à une activité qui transmets des valeurs fortes, comme l’écoute, la bienveillance et le refus de la compétition. Mais au delà des valeurs, c’est souvent l’ambiance et les sensations ressenties, qui favorisent les adhésions au cours de l’année.

 

Tu mélanges souvent diverses pratiques au sein d’un même cours (armes contre main nue, suwari waza pour repasser en tachi waza dans la même technique…) : quelle est la visée pédagogique de ce choix ? 

cours à Aikido Pantin

Que ce soit pour des cours adultes ou enfants, je n’oublie pas que mon rôle est avant tout d’être animateur et de former à la pratique de l’Aïkido. Ce positionnement m’amène bien plus loin que la nomenclature des passages de grade.

Les cours sont structurés autour de différentes mouvements, avec d’abord les aïkitaïso (rituel mental d’entrée dans la pratique, échauffement, assouplissement, respiration contrôlée) puis le travail de gamme/d’exercices sur des mouvements répétitifs  (les frappes, les ukemis, taisabaki, …), ensuite,l’étude de kihon waza, et enfin le retour au calme et les étirements.

Et pendant une partie du cours, je mets régulièrement en place des conditions de travail qui permettent de développer l’adaptabilité des élèves à des situations (dans divers contextes, en fonction des contraintes, de l’environnement, du nombre de partenaires). L’objectif est de rendre au maximum mes élèves autonomes ! C’est dans cette orientation que je veux progresser et faire progresser les élèves et les enseignants que je forme.

 

Président du Codep93, tu te présentes aux élections pour le mandat de président de ligue IDF : quelles seraient les grandes lignes de ton programme en terme de communication ?

Je me présente oui, mais j’ai surtout réussi à réunir des personnes autour de valeurs communes pour fonder un collectif. Désormais, le collectif fait campagne avec des licenciés au service d’un programme co-construit. La communication a été lancée mais nous n’avons pas encore de date pour les élections de la Ligue Île-de-France. 

Un gros travail de communication a été fait pour ce collectif dont le principe est la démocratie participative. Avec la création du Collectif Irimi, nous avons voulu montrer que communiquer via un collectif est aujourd’hui un mode de gouvernance qu’il faut développer. On ne vote plus pour un homme mais pour des projets, des idées portées par une mixité régionale des 3 disciplines de la FFAAA et par une mixité de licenciés en matière d’âge, de sexe, de  lieu de pratique, d’expérience professionnelle et de grades…

 

Merci Arthur pour ton temps accordé à mon interview !

Pour suivre le collectif IRIMI qui se présente aux élections de la Ligue Ile de France, c’est par ici !

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