J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Léo Tamaki, aikidoka de renom, fondateur d’une école d’aikido, Kishinkai, fondateur de la revue Yashima, consacrée aux arts martiaux, mais également le producteur de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels. Léo Tamaki est aujourd’hui l’une des voix les plus médiatisées de l’Aikido, et a développé une marque personnelle forte qui lui permettent de rallier de nouveaux adhérents à son courant. Dans cette interview, Léo décrypte les différentes composantes de son succès, sa vision de l’Aikido, mais aussi ses conseils pour rendre la discipline plus visible. Voici donc la synthèse de la pensée de cet aikidoka atypique mais également clivant.

Tu es aujourd’hui l’une des personnalités du monde martial. Ta communication a-t-elle été pensée en amont ?

Il y a une maxime que j’aime beaucoup qui dit “N’ai pas peur d’être ignoré, mais d’être un ignorant”. Cela a guidé mon cheminement, et je ne me suis posé de questions sur la façon de développer ma notoriété que lorsque la mienne avait décollé, et que j’ai voulu aider des proches à faire de même.

J’aimerais donc répondre oui à ta question et te dire que j’avais un plan de développement précis et que tout était pensé (Rires), mais la vérité est que tout s’est fait spontanément. Que j’ai été acteur sans être planificateur. Et je n’ai compris les ressorts de ce succès qu’à posteriori.

Je crois d’ailleurs que c’est le cas de la majeure partie des experts que je connais.

Qu’entends-tu par “être acteur sans être planificateur”?

Chez les experts célèbres, il y a des parallèles constants. C’est d’abord une passion irraisonnée, sans plan de carrière. S’illustrer dans un domaine qui compte tant d’adeptes ne peut se faire en mesurant son investissement. Le niveau nécessaire est tel, que pour faire la différence il faut un investissement pathologique.

Frank Ropers en Penchak Silat, Richard Douïeb en Krav Maga, ou Christian Tissier en Aïkido, sont probablement les experts martiaux les plus célèbre de l’hexagone. Ils ont pratiqué passionnément sans objectif de carrière. C’est la partie fondamentale, qu’aucune stratégie ne saurait remplacer. Arrivé à un certain niveau, ils se sont naturellement tournés vers l’enseignement. Et c’est à ce moment-là que leur personnalité, leur professionnalisme ont fait le reste. Ils ont appliqué à leurs nouvelles tâches les qualités qui avaient fait d’eux des pratiquants d’exception, et cela a conduit à leurs succès. 

Chacun a agi, mais aucun n’avait planifié de plan de carrière au départ. Mais tous ont su observer la situation, ce qui les avait menés jusqu’où ils sont arrivés aujourd’hui, et d’ensuite d’établir une stratégie planifiée. Celui qui investit du temps et de l’énergie dans un plan de carrière avant d’avoir le premier pré requis, à savoir, un niveau qui le distingue de tout le monde, va droit dans le mur. Parce que ce premier point nécessite un engagement total du corps et de l’âme.

Quels ont été les éléments de ton succès ?

C’est un faisceau de choses multiples. Et s’il avait manqué un élément, le résultat aurait été très différent. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est difficile d’identifier une formule qui puisse être reproduite.

En ce qui me concerne, si l’on exclut le niveau de pratique qui est un pré-requis, il y a :

  • Un physique
  • Un nom
  • Une personnalité
  • Un outil (internet, et plus précisément le blog)
  • Un talent à l’écriture

Peux-tu détailler ces points ?

  • Mon visage, mon corps, ma coiffure, sont marquants. Ils correspondent à l’image qu’a le public d’un adepte martial.
  • Mon nom, Tamaki, souligne la partie japonaise de mes origines.
  • Ma personnalité est telle que je suis extraverti, industrieux, et totalement insensible à l’anxiété. Dans le test des Big Five, sur une échelle de 100, je suis à 6 en neuroticisme, 96 en extraversion, et 91 en industriosité. Cela fait que je n’ai aucun souci à être au premier plan, que j’agis beaucoup, et sans jamais être freiné par la peur des conséquences. Ce sont des éléments capitaux dans une carrière à l’échelle d’une vie, particulièrement dans un domaine sans garanties où l’on est en permanence sur le devant de la scène.
  • J’ai utilisé l’outil “blog” quand il a commencé à se développer, et ma réputation était faite quand il a commencé à décliner.
  • J‘ai toujours aimé écrire. Cela m’a permis d’exposer mes idées et de les communiquer.

Aurai-je eu un physique quelconque, me serai-je appelé François Pignon, aurai-je été introverti et anxieux, le blog n’aurait-il pas existé, ou n’aurai-je pas su écrire, que mon parcours aurait été radicalement différent. Un seul élément absent et l’histoire était toute autre…

Mais si j’ai toujours eu à cœur d’agir professionnellement, il faut aussi noter que tous ces éléments sont des concours heureux de circonstances. Je porte les cheveux longs depuis l’adolescence et je n’ai pas modelé mon visage. J’ai hérité de mon nom. Ma personnalité est en grande partie le résultat de mon environnement.

Je pense que lorsqu’on rencontre un succès important il y a généralement beaucoup de travail derrière. Mais il y a aussi beaucoup de hasards heureux.

Tu utilises une communication très moderne basée sur une marque personnelle forte.

Publication Instagram de Léo Tamaki promouvant l’effort en l’incarnant

 

Disons qu’aujourd’hui la marque personnelle forte est comprise et théorisée. Mais même dans les arts martiaux, c’est une base depuis la nuit des temps. Musashi a d’ailleurs été la cible de certains intégristes qui l’accusent de s’être trop mis en scène !

Ueshiba, Tissier, chaque visage de l’Aïkido a accepté de voir son image servir de support à la diffusion de sa pratique.

Être à la tête d’un groupe de pratiquants d’arts martiaux demande certains attributs particuliers. Il faut être capable d’être assertif mais bienveillant, extraverti mais empathique, etc. On ne peut être la tête de proue d’une école ou d’une discipline si l’on n’est pas à l’aise avec son image. Qu’on le veuille ou pas, les pratiquants identifient une discipline ou une école à leurs chefs de file. J’ai eu la chance que cela ne soit pas un problème pour moi.

Pourquoi ne pas rester en retrait comme beaucoup d’aikidoka le font ?

L’Aïkido a besoin de toutes ses composantes. En termes d’enseignants, nous avons besoin d’amateurs, de semi-professionnels, et de professionnels. Et partout, chacun peut agir en fonction de ses talents et de ses capacités. Certains œuvrent sans relâche dans l’ombre avec grande efficacité.

Mais que serait l’Aïkido aujourd’hui si O’Senseï (Morihei Ueshiba) ne s’était pas prêté au jeu de la mise en scène dans ses photos et vidéos ? Toute discipline a besoin d’être incarnée.

Je respecte pleinement ceux qui veulent rester dans l’ombre. Ils sont indispensables. Mais nous avons aussi besoin de figures marquantes pour exister aux yeux du public, attirer de nouvelles vocations. Il y a eu le Fondateur, puis ses disciples, Christian Tissier qui porta quasiment seul l’image de l’Aïkido dans le monde, et maintenant… Aujourd’hui je suis l’un des visages de la discipline, mais force est de constater que nous en manquons cruellement.

Justement, comment devient-on le visage d’une discipline ?

On ne peut pas décider de devenir un des visages d’une discipline. Personne ne peut décréter cela. Il n’y a qu’à voir certains profils Instagram ou certains comptes YouTube qui croulent sous les publications sans aucun retour. Ce sont les pratiquants qui, en appréciant votre travail, en venant à votre rencontre, vous mettent en lumière. L’auto-promotion ne remplacera jamais cela.

Être en lumière est aussi une charge. C’est porter la responsabilité de représenter tous ceux qui sont dans l’ombre. Cela implique en outre de subir tous les aléas qui accompagnent cette position. Sans doute aujourd’hui plus que jamais, où la vindicte est libérée, et démultipliée par les réseaux sociaux.

On peut ne pas apprécier Tissier, Ropers ou Douïeb, ne pas partager leurs choix de pratique, ou même ne pas les aimer en tant qu’individus. Mais qui peut décemment dire qu’ils sont mauvais ? Qu’ils ont fait du tort à leur art ? 

Tu es le fondateur de la revue Yashima, consacrée aux arts martiaux, mais également le producteur de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels. Tu as donné ainsi beaucoup de visibilité à l’Aïkido.  Quelle est ta vision sur le futur de l’Aïkido ?

Le futur de l’Aïkido est compromis. S’il continue sur sa lancée, je pense qu’il disparaîtra à moyen terme. C’est d’ailleurs un souci que rencontrent le monde des arts martiaux traditionnels, tous styles confondus, mais aussi toutes composantes : les salles ferment, les magasins disparaissent, les festivals ont du mal à survivre, et les magazines meurent. Le cas de l’Aïkido est simplement un peu plus aigu que d’autres car la discipline est plus petite, et ses maux plus prononcés.

Pour moi l’Aïkido a le potentiel d’une voie permettant de se transcender. Mais c’est un aspect que je comprends et apprécie maintenant. Ce n’est pas quelque chose qui m’aurait parlé à mes débuts. Le public qui viendrait commencer l’Aïkido en voyant une publicité le présentant comme un moyen de se transcender n’est franchement pas celui que je souhaite pour la discipline (Rires).

L’Aïkido doit pouvoir être identifié sous diverses composantes, mais surtout sous ses aspects qui peuvent attirer le public. Pour un art martial, c’est notamment… son efficacité martiale. Car que cela soit conscient ou pas, choisir l’Aïkido plutôt que le Yoga ou la danse de salon n’est pas anodin. C’est aussi une éthique, le bien-être, etc. Ses aspects les plus profonds seront ensuite saisis par ceux à qui la discipline convient.

Où veux-tu emmener cet art martial  ?

Je souhaite que l’Aïkido retrouve de la vigueur et qu’il inspire de nouveau ! Et cela passe par la vitalité de toutes ses composantes, de celui de Christian Tissier à celui d’André Cognard, en passant par les visions de Régis Soavi, Daniel Toutain, etc… Cela passe aussi par le respect et la reconnaissance des uns envers les autres. Ce qui est généralement le cas entre les experts, mais pas toujours entre les pratiquants qui se construisent parfois en opposition.

 

Comment faire entendre sa voix et se faire connaître dans le milieu de l’Aïkido quand on n’a pas de réseau ?

Ma première question est pourquoi. Pourquoi vouloir faire entendre sa voix ? Car le message que l’on porte va grandement influencer les personnes à toucher, et la façon de le faire.

De manière générale, le public de l’Aïkido réunit des individus assez conservateurs, traditionalistes. Il y a toujours des exceptions, mais pour croiser des milliers de pratiquants sur tous les continents, cela représente la majorité. C’est donc quelque chose à prendre en compte si on veut toucher ce public. Maintenant, comment toucher un nouveau public est une autre question. Notre objectif modifie donc les moyens et le ton que l’on doit employer.

Concrètement, s’il est question de toucher un public similaire à celui que l’aïkido a l’habitude de conquérir (les pratiquants habituels), il faut du temps. C’est un public qui respecte la hiérarchie, les lignées, la reconnaissance de ses pairs, etc. Un pavé dans la mare jeté par un inconnu sera souvent mal reçu, même s’il tombe juste. Tu mets toi-même en avant ce problème de manière claire dans tes articles de blog, et la réaction majoritaire est de détourner le regard. Imagine que Tissier ou le Doshu (le maître de la discipline) aient abordé le sujet, et un discours similaire aurait été partagé des dizaines de milliers de fois…

Y a-t-il un outil à privilégier pour faire entendre sa voix ?

Il y a eu le papier, puis la vidéo, le blog, etc… Mais nous faisons face à deux problèmes. Le premier est que personne ne peut prédire aujourd’hui quel sera le prochain vecteur. Christian Tissier a profité de l’essor de la vidéo. Moi j’ai commencé mon blog pour entretenir des liens avec mes élèves. C’était une époque où les gens croyaient que ça durerait un ou deux ans. Finalement ça a été un outil incroyable, même s’il est aujourd’hui en très grande perte de vitesse. Aujourd’hui, nous ne savons pas encore quel sera l’outil de communication de demain.

Un autre problème de communication est que le public de l’Aïkido est plutôt âgé, et donc peu actif sur les réseaux sociaux. Les toucher est difficile, et plus le temps passe, moins les outils sont adaptés aux aikidokas.

En terme de communication,  il faut donc réfléchir à ce que l’on souhaite : si c’est s’adresser aux gens qui pratiquent déjà, c’est une population vieillissante, encore attachée au papier, et en tout cas à la lecture. C’est aussi comme je le disais un public traditionaliste, qui n’aime pas être brusqué.

Si au contraire, nous souhaitons  attirer une nouvelle génération de pratiquants, alors là tout est possible. Le souci est qu’ils peuvent être séduits par la communication, et déçus en arrivant dans un dojo et voyant le public actuel (Rires). Tout cela est très difficile à concilier…

Alors, comment rajeunir le public de l’Aïkido ?

Interview de Léo Tamaki en live sur Instagram

À mon sens, l’Aïkido ne peut séduire qu’une partie limitée des jeunes, disons jusqu’à 25 ans. Mais il a le potentiel d’attirer à partir de cet âge. Pourtant aujourd’hui le gros des pratiquants est de plus en plus âgé. C’est en partie la faute de la communication.

Un public de 25 à 35 ans peut être inspiré par un expert de 45 ans. Un public de 35 à 45 par un maître de 55 ans. Et ainsi de suite…

L’Aïkido a pu se développer lorsque ses visages étaient jeunes :  Tamura à la quarantaine vigoureuse, Tissier alors juvénile, parlaient à tous. Mais aujourd’hui, la communication repose souvent sur des séniors qui, soyons francs, ne font pas rêver les jeunes

Tu as une pratique originale de l’Aïkido. Que viennent chercher les élèves dans ton travail ?

L’Aïkido que je propose n’est qu’un possible parmi d’autres. Pas plus novateur ou révolutionnaire que ce que furent les pratiques de Yamaguchi senseï, Nishio senseï, Tamura senseï ou Tissier senseï. 

Il y a deux spécificités dans ce que je propose :

  • Un accent sur la martialité
  • Une méthode claire et cohérente où l’on se doit d’être capable d’expliquer CHAQUE élément.

Sont-ils déboussolés par rapport à ce qui leur avait été enseigné par le passé ?Cela dépend de leur parcours. Aujourd’hui il y a beaucoup de ressources sur moi, donc les gens ont en général une idée, même vague, de ce qu’ils vont trouver.

Tu arrives à donner de la visibilité à l’Aïkido en dehors de son cercle d’aikidoka. Comment t’es-tu fait connaître hors de ce cercle restreint ? 

Dans le monde martial, l’étalon de base est l’efficacité. Aujourd’hui la perception du public martial est que je représente cette efficacité. Si tu combines cela aux éléments que j’ai listés plus haut (apparence, personnalité, etc.), cela explique la visibilité dont je dispose.

J’ai participé l’an dernier à un échange avec un pratiquant de MMA, Greg Bouchelaghem, pour Karaté Bushido. La vidéo compte aujourd’hui un peu plus de 300 000 vues. Ce qui est tragique, c’est que dans les 1 500 commentaires sur cette même vidéo,  tu retrouves deux tendances :  le public martial qui dit en gros “Je croyais que l’Aïkido ne valait rien, mais ça change mon opinion.”, et une partie du public Aïkido qui dit “Tamaki ne fait pas de l’Aïkido, allez plutôt voir “xxx” (traduction mon prof)”.

Cela met en lumière deux problèmes : 

  • Un, l’Aïkido déconnecté de la martialité est le plus courant, et n’intéresse pas le public.
  • Deux, le monde de l’Aïkido préfère attaquer les autres courants plutôt que de se réjouir de voir la discipline mise en lumière, même par une autre école.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’avoir fondé sa propre école et sortir des sentiers battus ?

Les mêmes que ceux de quelqu’un qui a fondé un empire plutôt que d’en hériter. Bon le Kishinkaï, c’est 600 personnes, donc en matière d’empire on a fait mieux (Rires).

Bref, quand on ne demande rien à qui que ce soit, on ne doit rien et on est libre chez soi. L’inconvénient c’est d’avoir la grosse tête, et de croire que l’on peut vivre seul. Or non, le Kishinkaï, comme chaque courant, ne se développera que si les autres prospèrent. C’est pourquoi à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels, dans les magazines Spécial Aïkido et Yashima, j’ai toujours présenté le maximum de courants et disciplines.

Tu as un blog que tu alimentes régulièrement depuis maintenant plusieurs années. Conseillerais-tu aux aïkidokas qui veulent se faire connaître d’utiliser cet outil ?

Aujourd’hui le blog n’est plus un outil majeur. À son pic j’avais une moyenne de 2 000 lecteurs uniques au quotidien. Maintenant c’est aux environs de 800 si j’écris un article, et 400 les autres jours. Le blog, comme les forums, n’a plus du tout le même impact dans le monde martial. Il a été remplacé par l’image et la vidéo, Instagram et YouTube. Je ne pense donc pas que ce soit un outil de développement majeur dans le futur.

Sans compter qu’il y a toujours un grand gagnant avec chaque média. Ça a été Tissier avec la VHS, moi avec le blog. Ceux qui ont suivi peuvent avoir eu des résultats intéressants, mais sans commune mesure. La prochaine figure de l’Aïkido se fera donc probablement connaître avec un nouveau média.

Mais comme les outils contemporains sont décorrélés du public de l’Aïkido, l’équation est très, très compliquée. Pour la discipline comme pour ses enseignants.

Le trafic de ton blog te permet-il de convertir tes lecteurs en élèves ?

Résultats de recherche Google Trend : évolution des résultats de recherche sur les mots clés recherchés sur la photo sur la période septembre 2010/Septembre 2020

 

Au départ ça m’a permis de me faire connaître de beaucoup. Il y a eu Stéphane Crommelynck en Belgique, puis d’autres qui m’ont invité en pariant sur l’intérêt qu’avaient fait naître mes réflexions. Mais maintenant beaucoup de participants à mes stages ne savent même pas que j’ai un blog. Et j’ai 600 abonnés sur le blog, quand j’en compte 5 000 sur Instagram, et une dizaine de milliers uniques sur Facebook entre mes différentes pages.

 

Si tu devais donner un conseil, en matière de communication à un aïkidoka/club, quel serait-il ?

Travaillez localement.

Aujourd’hui chacun veut avoir une présence sur le web et toucher le monde entier. Mais il faut penser à son objectif final, faire venir des pratiquants aux cours. Pour ça il faut que les gens vous connaissent. Alors oui, il faut un site internet où l’on peut vous trouver. Mais il faut aussi que même les gens qui ne sont pas intéressés directement entendent parler de vous, que l’on puisse rediriger vers vous lors d’une conversation. Cela passe par la participation aux Journées des associations, être dans le journal local dès que possible, connaître les élus, faire acte de présence au Téléthon et autres manifestations du même type, etc. Il faut devenir un acteur incontournable de la vie locale, et ça demande du temps et de l’énergie dans la durée.

Après de façon plus générale, il faut être professionnel. Les affiches faites par le beau-frère qui aime s’amuser avec Paint ne font pas sérieux. Il faut être professionnel dans tous les domaines, du site aux affiches en passant par le stand à la Journée des associations.

 

Quelle erreur éviter en terme de communication ?

Léo Tamaki et son frère Issei Tamaki, lui aussi aikidoka

L’Aïkido ne comprend pas de compétition, et quasiment jamais de travail libre avec une réelle opposition. Ce qui fait que chacun peut avoir le sentiment d’exceller, et tout le monde partage ses exploits sur Facebook, YouTube, etc. C’est quelque chose que l’on ne voit pas dans les autres disciplines où les gens sont beaucoup plus conscients de leurs capacités. Le résultat est qu’internet est inondé de vidéo d’Aïkido d’un niveau de pratique amateur. Et crois-moi, cela ne fait vraiment pas rêver le public.

Il faut donc prendre sur soi, et mettre en avant les experts de son courant qui ont le potentiel d’inspirer, de donner envie de franchir la porte du dojo. Pas se mettre en scène, aussi sincère et enthousiaste soit-on… Si un futur pratiquant voit Teddy Riner sur un site de Judo, et le prof local sur celui d’Aïkido, on imagine bien le choix. Bien entendu, cette personne ne s’attend pas à voir Teddy Riner au dojo lundi soir, mais c’est une image qui enthousiasme et qui donne envie.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver une vision commune sur l’Aikido. Peut-on communiquer sans message commun ?

L’Aïkido est très divers. Au point que ce qui en est pour l’un, n’en est pas pour l’autre. On m’a d’ailleurs souvent accusé de ne pas faire d’Aïkido ! On ne peut donc pas attendre une communication unie quand certains n’y voient qu’une self défense, et d’autres une voie spirituelle.

Chacun doit communiquer ce qu’il croit. Mais beaucoup gagneraient à promouvoir leur vision, plutôt qu’à attaquer et dénigrer celles qu’ils ne partagent pas.

Une communication unie n’est ni possible ni souhaitable pour préserver la variété des visions. Mais une communication sérieuse, aussi professionnelle que possible est indispensable à la survie de la discipline.

Au-delà de la communication, l’Aïkido a-t-il su s’adapter au XXIe siècle ?

Trop peu, trop mal.

Tout évolue, et aujourd’hui plus rapidement que jamais. Et les traditions ne survivent qu’en évoluant elles aussi. Un ryu japonais, quelque soit le nombre de siècles qu’il a traversé, a évolué. Mais évoluer ne signifie pas se renier. Une évolution efficace se repose sur l’essence d’une tradition. Elle a vocation à identifier les principes intemporels, et à en actualiser les manifestations. C’est ce que nous essayons de faire avec l’Aïkido au Kishinkaï.

L’Aïkido sera-t-il amené à évoluer ?

La survie de l’Aïkido dépend de deux choses : une réflexion sur sa pratique et son enseignement, et une professionnalisation de sa communication à tous les niveaux.

Les aikidokas pensent souvent que leur discipline est unique, que c’est grâce à cela qu’elle est pratiquée partout dans le monde. La réalité est que si la combinaison de ses composantes lui est propre, tous les éléments techniques et éthiques que l’on trouve dans l’Aïkido existent dans d’autres pratiques. L’Aïkido s’est fait connaître grâce à la puissance de l’image de Ueshiba Moriheï. Combien de traditions à la richesse insoupçonnée ont-elles disparu en raison d’un manque de communication de leurs adeptes ?

Fini le temps de se référer à une figure tutélaire et des ancêtres prestigieux. Il convient de les respecter, mais ils ne peuvent être le moteur de l’évolution. Ils ont déjà fait tout ce qu’ils avaient à faire. Chacun doit se sentir responsable de l’Aïkido et agir.

 

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4 thoughts on “Léo Tamaki : développer une marque personnelle forte pour servir l’Aïkido”

  1. Bonjour Yeza,

    Je me suis permis de partager ton interview de Léo.
    Ce que dit Léo Tamaki, tout comme ce que dit Tamaki sensei, (oui je fais le distinguo entre les deux car il y a l’homme et l’enseignant) est, malheureusement, très pertinent. Tant sur l’avenir de l’aikido que sur la façon (ou comportement) de certains aikidokas vis à vis des autres. Les concurrences et les rivalités sont, hélas, monnaie courante dans notre art et notre pratique.
    J’ai toujours plaisir à lire tes écrits que je trouve intéressants et pertinents.
    Longue vie à ton blog et bonne route sur la voie.

    Antoine

  2. Bonjour,
    Pratiquant depuis plus de 30 ans maintenant, je suis en grande partie en accord avec ce que tu dis (tu permettras le tu qui correspond au tatami et à l’ancienneté) et explique dans tes textes.
    Une question : Penses-tu que ton aïkido soit différent ou est-ce juste une façon de le présenter ?
    Bien sûr, c’est un point de discussion sans fin, mais ça donne l’occasion de parler après avoir pratiqué.

  3. Bonjour, je pratique depuis 4ans et je suis ouvert à ce monde,j’aimerais pratiquer un autre aïkido mes, je suis sincère . Je pense qu’il faudrai pratiqué pour toutes les personnes débutant comme moi des cours d’articulation au niveaux des blocage pour montrer l’aikido et en même temps permettant de découvrir la manière et mettre en forme la formation. Pour moi c’est la que le premier pas du dojo est important comme l’enfant qui apprend à marcher. Ps: merci pour l’article.

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