En Aïkido, la progression ne se mesure pas uniquement au nombre d’années de pratique ou à la couleur de notre ceinture.
Elle se construit dans la durée, dans la relation à l’autre, dans la capacité à sortir de ses automatismes, à structurer son apprentissage et à s’ouvrir à la culture de la discipline.

On peut pratiquer longtemps sans réellement progresser.
Et à l’inverse, on peut évoluer rapidement dès lors que certains leviers sont activés consciemment.

Parmi eux, trois jouent un rôle central et sont pourtant souvent sous-estimés :
– la diversité des partenaires,
– le passage de grades comme outil pédagogique,
– et l’apprentissage du vocabulaire japonais.

Ces trois dimensions ne sont pas accessoires.
Elles structurent la pratique, donnent de la profondeur au travail technique et transforment l’Aïkido en un véritable chemin d’apprentissage, au-delà de la simple répétition de techniques.

Pourquoi pratiquer avec des partenaires très différents fait progresser

En Aïkido, on ne choisit pas ses partenaires.

On pratique avec celles et ceux qui sont présents sur le tatami, à proximité immédiate, quels que soient leur âge, leur gabarit, leur niveau ou leur expérience.

De la même manière, on fait abstraction des incompatibilités d’humeur pour s’ouvrir à l’autre dans le cadre de la pratique.

C’est parfois inconfortable.
Mais c’est en réalité l’un des fondements de la progression en Aïkido, et sans doute ce qui rend la discipline aussi exigeante que « noble ».

Parce qu’en Aïkido, on ne progresse pas en répétant toujours la même chose.
On progresse en s’adaptant sans cesse à différents partenaires, à différents corps et à différentes personnalités.

1️⃣ On ne progresse pas avec un seul type de corps 🥋

Travailler toujours avec le même partenaire donne rapidement l’illusion de comprendre une technique.

Mais cette compréhension reste partielle.

Un corps plus lourd, plus léger, plus raide ou plus mobile va immédiatement révéler ce qui fonctionne réellement… et ce qui ne tient que par habitude.

La diversité des partenaires empêche toute routine confortable et oblige à faire évoluer sa pratique, en profondeur.

2️⃣ La technique n’existe pas sans adaptation 🔥

En Aïkido, la force brute ne suffit pas.

Face à certains partenaires, elle devient inefficace.
Face à d’autres, elle est tout simplement inutile.

La pratique oblige donc à ajuster en permanence la distance, le timing, l’angle d’entrée et la technique elle-même.

Par conséquent, une technique n’est jamais figée.
Elle prend forme dans la relation au partenaire, et c’est cette adaptation constante qui permet une progression réelle et durable.

3️⃣ En Aïkido, la relation compte autant que le geste 🌟

L’Aïkido ne se pratique pas seul.

Sans partenaire, il n’y a tout simplement pas de pratique.

Travailler avec des personnes différentes impose de tenir compte de l’autre : de son rythme, de ses limites, de ses peurs, de sa manière de bouger et de réagir.

La progression ne repose donc pas uniquement sur ce que l’on fait, mais sur la qualité de l’échange que l’on construit sur le tatami.

C’est un apprentissage technique, mais aussi profondément humain.

4️⃣ Progresser sans se comparer ni chercher à dominer 🚀

L’absence de compétition change radicalement la dynamique.

Il n’y a pas de classement, pas de victoire à obtenir, et pas de hiérarchie imposée par le résultat.

On ne cherche pas à être meilleur que son partenaire.
On cherche à progresser dans sa propre pratique.

Travailler avec des partenaires différents permet de sortir de la comparaison pour entrer dans une progression personnelle, exigeante, mais beaucoup plus riche.

On met ainsi son ego de côté pour pratiquer sans état d’âme.

5️⃣ Apprendre à pratiquer avec tout le monde, pas seulement avec ceux qui nous ressemblent

L’un des enseignements les plus forts de l’Aïkido est là : apprendre à pratiquer avec tout le monde, sans distinction de niveau, d’âge, de gabarit ou de compatibilité relationnelle.

Ce n’est pas toujours confortable.
Mais c’est précisément ce qui fait progresser.

Parce qu’en Aïkido, ce n’est ni l’uniformité ni le confort d’un partenaire qui anticipe nos gestes qui font avancer la pratique.

Ce qui fait progresser en Aïkido, c’est la diversité des corps, des parcours et des énergies.

Mais cette capacité d’adaptation ne suffit pas à elle seule : pour progresser durablement, encore faut-il donner un cadre à sa pratique et accepter de la structurer dans le temps.

 2. Passage de grade : pourquoi passer ses kyus (et comment y arriver)

Passer ses kyus n’est jamais une obligation.
Mais c’est souvent un véritable accélérateur de progression.

Les examens donnent un cap clair, structurent l’apprentissage et permettent de mesurer son évolution autrement que par la simple impression laissée par un cours.

1. Renforcer sa confiance en soi

Préparer un passage de grade met en mouvement.

On s’organise, on révise, on se dépasse, et l’on découvre que l’on est capable de bien plus que ce que l’on croyait.

Cette confiance gagnée sur le tatami finit souvent par se refléter dans la manière d’aborder les défis du quotidien.

2. Progresser techniquement grâce au format de l’examen

Le passage de grade apporte une structure que l’on n’a pas toujours lorsqu’on vient simplement pratiquer.

Chaque semaine, on retrouve les mêmes principes, les mêmes déplacements et les mêmes techniques, ce qui permet d’ancrer les bases et de progresser plus vite.

Le format de l’examen pousse également à apprendre le vocabulaire, à mémoriser le répertoire et à comprendre la logique des mouvements.

Pour réviser, il existe aujourd’hui de nombreux tutos vidéos, très utiles pour revoir une technique ou un nom entre deux entraînements.

 3. Prendre conscience de sa propre évolution

On ne mesure pas toujours sa progression séance après séance.

Mais lorsqu’on prépare un grade, certains changements deviennent visibles : un geste plus fluide, une posture plus stable, une compréhension plus claire de ce que l’on travaille.

L’examen permet de constater ce qui s’est consolidé et ce qui reste à approfondir.

Comment y arriver ?

En s’entraînant régulièrement, en révisant les bases, en posant des questions, en demandant à son club d’organiser des sessions de révision ou de préparation aux kyus, et en utilisant les ressources disponibles, notamment les tutos vidéos.

Les passages de grade valorisent la progression et la compréhension, pas la perfection.

Passer ses kyus, c’est simplement une manière structurée et motivante d’avancer dans sa pratique.

Et cette structuration ne concerne pas uniquement le corps et la technique : elle passe aussi par le langage, la culture et les repères communs de la discipline.

3. Aïkido : faire l’impasse sur le vocabulaire japonais, c’est négliger une partie de la discipline

Depuis que je pratique l’Aïkido, je constate que beaucoup de pratiquants ont du mal à intégrer le vocabulaire japonais.

Parfois, il s’agit d’une réelle difficulté de mémorisation.
Mais parfois, c’est aussi une absence d’intérêt pour cet apprentissage.

Et pourtant, pour moi, passer à côté du vocabulaire japonais, c’est passer à côté d’une partie de la culture de la discipline.

Bien sûr, on peut pratiquer sans connaître le nom des techniques.
Mais cela pose rapidement plusieurs limites.

👉 D’abord, lors des passages de grade.
Vous n’aurez pas forcément un traducteur à proximité, et le jury considère que vous êtes censé connaître les noms des techniques.

👉 Ensuite, cela traduit souvent un manque d’intérêt pour la culture japonaise, et je le dis sans méchanceté.

Pour moi, cet apprentissage fait partie intégrante du « package » de l’Aïkido.

On pratique une discipline martiale issue d’une culture différente, dans laquelle on intègre une partie de l’étiquette, mais aussi un vocabulaire spécifique.

C’est un peu comme découvrir un pays sans faire l’effort d’apprendre quelques mots essentiels de la langue.

Alors oui, c’est du japonais.
Et ce n’est pas intuitif.

Mais il faut relativiser :

👉 On ne nous demande pas d’apprendre les kanji
👉 La prononciation est accessible, tous les sons existent en français
👉 Et l’apprentissage des noms favorise aussi la mémorisation corporelle : comprendre ce que l’on fait aide à mieux l’intégrer

C’est donc un effort, mais un effort progressif et cohérent avec une discipline exigeante.

Et si l’apprentissage du vocabulaire n’est pas fun pour certains, rien n’empêche d’y introduire une dimension ludique, y compris pour un public adulte.

👉 Francisco Dessi a publié un ouvrage illustré avec des animaux anthropomorphisés regroupant tout le vocabulaire de l’Aïkido. Une véritable mine d’or.

👉 J’ai aussi participé à un jeu en fin de cours animé par Julie, où deux équipes devaient faire deviner un maximum de mots par la description orale et le mime, façon Pictionary.

C’était simple, efficace et très fun. Et rien n’empêche de consacrer cinq minutes en fin de cours à ce type d’exercice, pour lier l’utile à l’agréable.

 Conclusion

La progression en Aïkido ne repose pas sur un seul facteur.

Elle se construit dans la diversité des partenaires, dans une pratique structurée et assumée du passage de grades, et dans l’ouverture à la culture de la discipline, notamment à travers son vocabulaire.

Ce sont parfois des aspects inconfortables, exigeants ou perçus comme secondaires.
Mais ce sont précisément eux qui donnent de la profondeur à la pratique.

Progresser en Aïkido, ce n’est pas chercher la facilité.
C’est accepter la complexité de la relation, la rigueur de l’apprentissage et l’exigence d’un art martial qui ne se limite pas à la technique.

Et c’est sans doute pour cela que l’on continue, année après année, à monter sur le tatami.

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