On parle souvent des femmes qui arrêtent l’aïkido. Dans cet article, je veux parler de celles qui restent sur le tatami : celles qui continuent à pratiquer dans un environnement où elles sont minoritaires, qui préparent leurs grades, enseignent et prennent des responsabilités dans leur discipline.

Leur nombre diminue à mesure que l’on avance vers les diplômes et les grades de haut niveau Pourtant, leur présence compte à chaque étape : pour les pratiquantes qui débutent, pour celles qui se retrouvent seules dans un cours majoritairement masculin, et pour la place des femmes dans les instances de l’aïkido.

Je passe mes grades pour moi, mais aussi pour la visibilité des femmes dans l’aïkido

Cette année, j’ai décidé de préparer un grade. Je le fais d’abord pour monter en niveau techniquement, car je suis convaincue que c’est la préparation au passage de grade qui me permettra d’y arriver.

Passer mes grades me permet également de renforcer ma confiance en moi. À mesure que mon niveau technique progresse, je me sens plus sereine dans ma pratique.

Mais je ne passe pas uniquement mes grades pour moi. En tant que femme, je fais aussi le choix de monter en grade pour contribuer à la visibilité des femmes en aïkido. Plus il y a de femmes gradées, plus elles sont représentées dans notre discipline. Concrètement, on les voit davantage dans les stages et les démonstrations, et il devient plus facile de s’identifier à elles, notamment quand on débute ou que l’on découvre l’aïkido.

Par ailleurs, on n’a pas besoin d’être 5e dan ou plus pour être mise en avant lors d’un stage ou d’une démonstration. Une femme 3e ou 4e dan peut tout à fait transmettre son expertise technique et représenter l’aïkido lors d’un événement.

Cette visibilité compte aussi dans les instances de l’aïkido, au niveau régional et fédéral. Plus les femmes y sont présentes, plus elles peuvent faire entendre leur expérience et peser dans les décisions qui concernent notre discipline.

Plus de femmes sur les tatamis, c’est aussi plus de pratiquantes régulières. Je ne cesse de le répéter : il existe une vraie solidarité féminine qui motive à se retrouver régulièrement dans la pratique. Combien de femmes se sont retrouvées seules, le soir, à pratiquer dans un groupe essentiellement masculin ?

Bien sûr, le sujet n’est pas de savoir si les hommes sont bienveillants ou non. Le sujet, c’est de pouvoir ressentir une forme de sororité dans la pratique.

C’est pour toutes ces raisons que je ne passe pas seulement mes grades pour moi. Je le fais aussi pour améliorer l’expérience des femmes sur le tatami, renouveler les publics qui fréquentent nos dojos et encourager davantage de pratiquantes à se faire confiance et à relever, elles aussi, le défi technique du passage de grade. 💪

Cette réflexion sur la visibilité des femmes s’inscrit dans une réalité plus large. Les chiffres de la FFAAA montrent que leur proportion diminue quand on passe de la pratique aux diplômes et aux grades de haut niveau.

On parle souvent des femmes qui arrêtent l’aïkido, mais moins de celles qui restent.

Les statistiques de la FFAAA 2024/2025 montrent un écart qui se creuse à chaque étape :

Les femmes représentent 33,44 % des pratiquants adultes.

👉 Parmi les titulaires du Brevet Fédéral, elles sont 217 pour 1146 hommes.

👉 Au CQP, 18 femmes pour 113 hommes

👉 Au BE2/DES, 1 femme pour 38 hommes.

👉 Et chez les hauts gradés, 3 femmes détiennent le 7e dan pour 47 hommes.

Plus on monte en grade et en diplôme, moins elles sont proportionnellement nombreuses.

🔹 Les femmes qui restent sur les tatamis ont quelque chose en commun

Elles ont appris à évoluer dans un environnement essentiellement masculin, souvent sans référence féminine au même niveau qu’elles.

Certaines ont eu la chance d’être accompagnées, d’autres ont construit leur chemin avec les ressources qu’elles avaient.

Mais toutes ont développé une précision technique qui compense leur gabarit là où la force brute aurait été une impasse.

Et toutes ont continué à pratiquer dans des moments où elles se sentaient seules dans leur parcours.

🔹 Ce que les chiffres ne disent pas, c’est le poids de ce travail supplémentaire.

L’adaptation dans un environnement où l’on est minoritaire n’est pas toujours un travail douloureux, mais un travail silencieux et parfois inconscient.

Ce n’est pas de la résilience au sens passif. C’est une intelligence construite dans un contexte qui ne leur facilitait pas la tâche.

Rester n’a pas exigé d’elles les mêmes choses que pour leurs homologues masculins, et cette asymétrie invite à s’interroger sur notre Aikido :

Veut-on des femmes capables de s’adapter à la pratique telle qu’elle est, ou une pratique qui n’exige pas d’elles ce surcoût pour y rester ?

Rester sur le tatami est une chose. Être visible, transmettre et participer aux décisions en est une autre. C’est aussi pour cela que je me suis demandé ce que le leadership féminin en aïkido signifie concrètement.

Le leadership féminin en Aikido, c’est quoi ? 

À l’occasion du séminaire animé par Satomi Ishikawa (6e dan), ce samedi 18 avril à la Réunion 🇷🇪, sur la thématique du leadership féminin en Aïkido, je vous partage une réflexion personnelle sur le sujet.

Pour moi, le leadership féminin en Aïkido :

✨ C’est être présente, pour représenter le public féminin

👉 Continuer à venir, même quand on est la seule femme sur le tatami

✨ C’est être enseignante, pour transmettre depuis une autre perspective

👉 Donner un cours, même quand il y a des pratiquants plus gradés

✨ C’est être compétente, pour inspirer de nouvelles pratiquantes

👉 Passer ses grades, même quand on manque de confiance en soi

✨ C’est devenir référente, en étant vigilante à ce que l’harmonie et le respect soient préservés au sein du dojo

👉 Prendre la parole, même quand on préfère rester dans l’ombre

Prendre le leadership, ce n’est pas prendre l’ascendant.

Ce n’est pas se faire violence.
C’est se faire confiance.

En fin de compte, le leadership féminin en Aïkido, c’est faire en sorte que la prochaine femme qui pousse la porte du dojo se sente à sa place.

Conclusion

Passer un grade, enseigner, devenir référente ou prendre la parole sont des étapes concrètes. Elles rendent les femmes plus visibles sur les tatamis, dans les stages et dans les instances de l’aïkido. Cette visibilité donne aussi des repères aux pratiquantes qui débutent ou qui se retrouvent seules dans un cours majoritairement masculin.

Cette évolution ne repose pas sur les femmes seules. La solidarité entre pratiquantes compte, et le soutien des hommes aussi. Ils peuvent encourager les femmes à passer leurs grades, leur proposer de transmettre leur pratique et soutenir leur présence dans les instances de l’aïkido. Il ne s’agit pas d’opposer les femmes aux hommes, mais de faire progresser la discipline ensemble.

Je prépare mes grades pour moi, mais aussi pour contribuer à cette évolution. Mon souhait, c’est que chaque femme qui pousse la porte d’un dojo puisse s’y sentir à sa place, recevoir du soutien et trouver les conditions pour progresser et s’épanouir dans la pratique de l’aïkido.

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